
Le nouveau style d’accordéon serbe
En mai 2002, j’ai eu le plaisir d’inviter
pour une création balkano-bretonne un jeune
musicien serbe, Viorel TAJKUNA. Depuis quelques
années j’avais entendu parler de Viorel
comme d’un jeune prodige de l’accordéon
«touche –piano» (qui, en Serbie,
est en concurrence avec le clavier à boutons).
Dans le sud-ouest de la Roumanie, il était
invité dans les rugile* des communautés
roms**. Il suffisait de sentir l’enthousiasme
des jeunes mélomanes (au féminin surtout)
pour imaginer la virtuosité et le dynamisme
de ce jeune musicien.
Viorel TAJKUNA (prononcez Taïcouna) est né
en 1970 à Kostilj, village roumanophone du
Bănăt*** Serbe. Minorité dans
la minorité, il parle donc trois langues
: le serbe, langue slave et nationale, le roumain,
langue latine, dans la forme dialectale parlée
en Bănăt et enfin le romani (tsigane)
sa langue maternelle.
En Serbie comme dans le reste des Balkans, la minorité
Rom (ou tsigane) est le creuset où naissent
et vivent la majorité des musiciens populaires
et, presque toujours, les meilleurs et les plus
virtuoses d’entre eux.
Je suis allé rencontrer Viorel
début 2002 pour lui proposer ce concert.
Il ne faut pas perdre de vue que ce jeune homme
de 23 ans était devenu adolescent durant
l’une des périodes les plus troublées
de l’histoire de la Yougoslavie et qu'il avait
toujours entendu le discours officiel serbe sur
les relations avec la communauté européenne.
Pour lui, l’idée de venir jouer dans
un pays qui venait de bombarder sa région
semblait une folie qu’il n’était
pas prés à commettre, fusse au nom
de la démocratie et de la liberté
des peuples à disposer d’eux même
(ce que la Yougoslavie avait longtemps défendu
durant la seconde guerre mondiale et au sein du
mouvement des non alignés).
Cependant la diplomatie de la musique réussit
son œuvre et Viorel joua dans l’orchestre
pluriethnique que le publique de l’auditorium
de Lyon applaudi chaleureusement ce jour là.
Le lendemain au petit déjeuner il me fit
part de son intérêt pour revenir dans
un pays où, finalement les gens n’étaient
pas pires qu’ailleurs…
Viorel a commencé très jeuneà
jouer de l’accordéon, ne délaissant
l’étude de l’instrument que pour
la pêche à la ligne, sa deuxième
passion, et probablement l’école. Aujourd’hui,
il déclare ne pas encore être mûr
pour la composition et continue à étudier
les grands maîtres des générations
précédentes qu’il écoute
avec passion. Il collectionne les cassettes audio
ou vidéo de Marcel Budala, Zorica Brunclik,
… ainsi que d’autres instrumentistes,
saxophonistes, violonistes, tant de Roumanie que
de Serbie et dont il nourrit la richesse de son
interprétation et de son système d’ornementation.
Malgré son jeune age il est une sorte d’encyclopédie,
spécialistes dans la connaissance des styles
régionaux et personnels. Dans le même
temps il est aussi l’un des plus célèbres
interprètes du jeu moderne d’accordéon
spécifique à la communauté
tsiganes de Serbie.
La Serbie, depuis plus d'un demi-sièclee,
est la véritable locomotive de la création
et de l'innovation artistique pour les musiques
populaires des Balkans. Son retentissement y est
comparable à celui du monde anglo-saxon en
Europe de l’ouest. Le dynamisme des formes
les plus modernes dont le désormais célèbre
« Turbo Folk » ne masque pourtant pas
la grande richesse des musiques plus traditionnelles
qui demeurent le support le plus sur de la création.
La mode et la recherche de la modernité
étant ce qu’elles sont, Viorel ajoute
rapidement à ses compétences celle
d’un fantastique joueur de clavier. Il faut
avoir été présent dans une
noce ou une fête tsigane pour comprendre la
puissance et l’intelligence musicale de ce
jeune artiste, jouant seulement accompagné
d’un autre clavier des danses de plusieurs
dizaines de minutes, multipliant les variations
mélodiques, improvisant, relançant
les tempos, suscitant chez les danseurs une folie
proche de la transe.
Cette aisance dans la recherche du phrasé
musicale riche et sensible donne aussi aux thèmes
plus lents une couleur spécifique qui font
de Viorel un musicien incontournable pour tous ceux
qui auront apprécié un jour la musique
des mondes tsiganes et balkaniques.
Le répertoire de Viorel est composé
de pièces « à écouter
» (sevdalinka, proche de la doina roumaine)
et de danses lentes ou rapides (très rapides),
les kolo ou vlaška caractérisées
par des contres-temps swingants, des variations
riches et une forme d’harmonie spécifique
à la Serbie, entre Orient et Occident.
Les relations internationales « normalisées
» entre la Serbie et l’Europe de l’ouest
nous permettent aujourd’hui d’inviter
Viorel TAJKUNA au sein d’un ensemble accordéon-guitare-contrebasse
proche du son des ensembles « swing manouche
». N’oublions pas que Matelot FERRET
avait en grande partie tiré son inspiration
de la musique populaire yougoslave.
Erik MARCHAND
* Singulier Ruga : l’équivalent des
pardons bretons
** Tsiganes
*** Le Bănăt serbe se situe au nord-est
de l’ancienne province autonome de Vojvodine.
La majeure partie du Bănăt est en
Roumanie et quelques communes en Hongrie.
Viorel TAJKUNA,
accordéon à touches piano, Serbie
Le nouveau style d’accordéon serbe…
Paru dans Accordéon Magazine
La Serbie, depuis plus d'un demi siècle,
est la véritable locomotive de la création
et de l'innovation artistique pour les musiques
populaires des Balkans. Son retentissement y est
comparable à celui du monde anglo-saxon en
Europe de l’ouest. Le dynamisme des formes
les plus modernes dont le désormais célèbre
« Turbo Folk » ne masque pourtant pas
la grande richesse des musiques plus traditionnelles
qui demeurent le support le plus sûr de la
création.
En Serbie comme dans le reste des Balkans, la minorité
Rom (ou tsigane) est le creuset où naissent
et vivent la majorité des musiciens populaires
et, en tout cas, les meilleurs et les plus virtuoses
d’entre eux.
Viorel TAJKUNA (prononcez Taïcouna) est originaire
de Kostilj, village roumanophone du Banat Serbe.
Minorité dans la minorité, il parle
donc trois langues : le serbe, langue slave et nationale,
le roumain, langue latine, dans la forme dialectale
parlée par les paysans du Bănăt
et enfin le romani sa langue maternelle.
Les roms et les mélomanes du Banat et du
nord de la Serbie considèrent Viorel comme
un enfant prodige : il a passé son enfance
derrière un accordéon à «
touches piano » devenant à vingt ans
le plus virtuose et le plus dynamique des accordéonistes
du moment.
La mode et la recherche de la modernité
étant, il ajoute rapidement à ses
compétences celle d’un fantastique
joueur de clavier ; il faut être allé
à une noce ou une fête tsiganes pour
comprendre la puissance et l’intelligence
musicale de ce jeune artiste, jouant en duo des
danses de plusieurs dizaines de minutes, multipliant
les variations mélodiques, improvisant, relançant
les tempos, suscitant chez les danseurs une folie
proche de la transe.
Cette facilité dans la recherche du phrasé
musicale riche et sensible donne aussi aux thèmes
plus lents une couleur spécifique qui font
de Viorel un musicien incontournable pour tous ceux
qui auront un jour apprécié la musique
des mondes tsigane et balkanique.
Le répertoire de Viorel est composé
de danses lentes ou rapides (très rapides),
les « kolo » ou « vlaška
» et de pièces « à écouter
» caractérisées par des contres-temps
swingants , des variations riches et une forme d’harmonie
spécifique à la Serbie, entre Orient
et Occident.
Les relations internationales « normalisées
» entre la Serbie et l’Europe de l’Ouest
nous permettent aujourd’hui d’inviter
Viorel TAJKUNA au sein d’un trio accordéon-guitare-
contrebasse proche du son des ensembles «
swing manouches ». N’oublions pas que
Matelot FERRET avait en grande partie tiré
son inspiration de la musique populaire yougoslave.
Viorel TAJKUNA est présenté par Erik
MARCHAND ; il a joué pour la première
fois en Europe lors de sa création «les
Balkaniks» à l’auditorium de
Lyon durant la Grande Nuit Celtique.
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