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Erik MARCHAND
& les «BALKANIKS» : l'album «Pruna»
A Bucarest aujourd’hui les manele font fureur
presque jusqu’à la saturation : musique
de variété créée par
des musiciens et chanteurs tziganes souvent originaires
du Bănăt roumain, ce nouveau style
marie la modernité orientalo-occidentale
de la musique populaire serbe au vieux fond du style
lautaresc de Bucarest et de ses banlieues ainsi
qu’aux « arabesques » samplées
et aux percussions balkaniques importées
de la voisine cité d’Istanbul. Air
du temps ou ouverture normales des frontières
en cet avènement européen du troisième
millénaire, la musique que présente
Erik MARCHAND dans cet album utilise les mêmes
origines géographiques ; mais ici, pas de
samples ni de boîte à rythme ou d’effets
de studio, « uniquement » le jeu humain,
virtuose, de douze musiciens considérés
comme parmi les meilleurs dans leur culture respective.
Musique moderne, inscrite dans son époque
et revendiquant ses origines ethniques et historiques
multiples, elle est le fruit de la rencontre, du
respect mutuel et de l’amitié entre
des artistes populaires. Grâce à cela,
elle parait traditionnelle, née dans un pays
à venir ; un pays qui prendrait en compte
l’intelligence des cultures populaires à
créer tout en conservant le son et la force
de leurs origines.
In modern-day Bucharest a type of light music known
as manele is gaining a hold to the point of saturating
the scene. This new genre created by gypsy musicians
and singers who come from the Bănăt
region in Romania grafts the East-West modernity
of popular music from Serbia onto a base of the
old lautaresc style from Bucharest and the city
suburbs. It can also include sampled modern turkish
elements. and Balkan percussions imported from neighbouring
Istanbul. Whether avant-garde, or the result of
a natural opening up of borders with the coming
of the new Europe of the third millennium,Erik MARCHAND’s
music on this album uses the same geographical background;
but gives a different result – no samples,
no rhythm machine, no studio effects, nothing but
highly talented human beings playing music –
twelve musicians considered among the best in their
respective cultures. Here is music of the moment,
utterly up-to-date and in harmony with its day and
age, clearly asserting its diverse ethnic and historical
origins, the result of various talents meeting up
in a climate of mutual respect and friendship, where
popular artists recognise each other. Their music
seems to be traditional though in fact it belongs
to a country not born yet, where popular culture
would have its rightful place, and be able to express
the spirit of its community in new, creative terms,
while keeping the sounds and force of its origins.
Le contenu musical :
1 AR FOLL ( Le Fou)
Texte : Christian DURO ; musique Erik MARCHAND
et traditionnelle ; arrangement Jacky MOLARD)
Le premier thème, à l’origine,
a été composé pour une rencontre
avec Hasan. Comme nous le travaillions à
Caransebes avec le Taraf, Costel se souvint d’un
second thème, macédonien, entendu
il y a longtemps. La complémentarité
nous a séduit : les voilà.
La chanson :
C’est l’univers du « Fou d’Elsa
» de Louis Aragon qui a inspirer ce texte
et cette mélodie :un orient de poésie
dans l’attente d’un futur rêvé.
« Ils l’ont fait taire. Ils parlent
fort et tous ensemble. A chacun son système,
à chacun sa beauté. Ils portent tous
un enfant mort d’avoir chanté qui leur
semble bouger parce qu’eux même tremblent
»
2 KASTEL AR MIGNONED (Le Château des Amants)
et HUNVREOÙ FRAILHET
(les rêves brisés)
(hora et sîrbe)
Texte : Christian DURO ; musique traditionnelle
et Costica OLAN ; arrangements groupe
On parle souvent trop rapidement en Europe de l’ouest
de « musique tzigane ». Souvent jouées
pour n’importe quel public par des musiciens
majoritairement roms, les danses ou les chansons
sont d’origines paysannes (roumaine, serbe,…
selon les pays et les régions). Pourtant
il existe des thèmes musicaux particulièrement
appréciés par les danseurs et mélomanes
des communautés tsiganes. Oh, bien sûr,
on pourra les jouer pour les roumains «de
souche» comme on dit, mais là où
ils iront droit au cœur du public, ce sera
dans les fêtes roms. C’est le cas de
la première hora de cette suite qui est connue
par les tziganes comme « Hora Trio »
et de la sîrba chantée qui la suit.
La deuxième, instrumentale, jouée
par Costel et Gaby est oltenienne ; la suivante,
moldave, vient du répertoire de Ion Dragoi,
l’un des inspirateur de Jacky ; celle menée
par Dany au saxophone est une des rares (mais belle)
sîrba Bănătaise ; la suivante,
au taragot, est une composition de Costica et enfin
la dernière est une vlaska iute (brûlante
ou rapide) du pays Vlah (zone roumanophone de Serbie
aux confins de la Bulgarie).
Les chansons :
KASTEL AR MIGNONED
Je t’apprendrai… tu me diras…et
je suivrai ton ombre à la lueur de tes mots.
Nous écrirons la Gwerz de l’amour.
Sept lieues au delà des oiseaux, le toit
sera de pleine lune et les lits de mousse.. Nous
le baptiserons « Château des amants
».
HUNVREOÙ FRAILHET
Ici bas le pauvre est la vitrine du riche ; nul
n’est si opulent que chez les affamés;
plus le mensonge est grand, plus il faut clamer
« vérité » ; le traître
est porteur du bien.
3 REUZIOÙ AR BREZEL
(Gwerz vannetaise, joc « comme en Transylvanie
» et Brâu)
Texte : Christian DURO ; musique traditionnelle,
Erik MARCHAND et traditionnelle
Cette gwerz du sud de la Bretagne ignorait la mesure
et l’harmonie ; c’est sa cousine serbe
la sevdalinka qui la lui a fait découvrir,
ainsi que l’improvisation.
Un ton, un thème de gavotte de Poullaouen
(Finistère), épouse un rythme de la
région de Sibiu avec peut être de vagues
origines hongroises. Le brâu, Bănătais,
est joué comme à la noce.
La chanson :
On loue toujours les soldats. Mais serais-je indigne
d’avoir raté le combat en 40 pour cause
de « juvénilité » ? Que
ne reconnaît-on le réconfort et le
soutien que j’apportais aux veuves éplorées,
aux mères désemparées, aux
filles esseulées ? J’ai même
appris la clarinette pour les faire danser! Tout
cela pour… Patriotisme
4 AR BLOAZ DAOU VIL
(Gwerz, taksim, dañs plin et kolo serbe)
Texte : Christian DURO ; musique : Erik MARCHAND
et traditionnellle
Une gwerz composée pour un concert avec
Hasan qui s’offre un taksim à la manière
de Gelibolu et glisse vers une dañs plin
du Pays Fañch en Centre-Bretagne pour mettre
en avant ses affinités avec le Kolo serbe…
Haydeeeee !
La chanson :
Merci au crucifié du premier jalon vers l’an
2000. Un siècle d’histoire suffit pour
une chanson. Jaurès, les guerres, les sauveurs…
Quel que soit le cheval, à hue ou à
dia, la charrette reste dans l’ornière.
5 ADDA KALEH
(Hora du Bănăt « à
la turque »)
Musique traditionnelle, arrangement Erik MARCHAND
Le Bănăt est la région d’Europe
qui compte le plus grand nombre de minorités.
Serbes, hongrois, allemands mais aussi bulgares
catholiques, ukrainiens et hutsuls de Transcarpathie
-possibles croates - sont venus habiter des villages
ruraux au hasard des transplantations de populations
voulus ou suscités par les différents
empires. A la limite de l’Olténie et
de la Serbie, sur l’île d’Adda
Kaleh dans le courant du Danube, vivait une communauté
de calfats turcs. La mise en eau du barrage des
« Portes de Fer », dans les années
70, a noyé le village et, après plusieurs
siècles en Bănăt, la majorité
des membres de la communauté a rejoint la
Turquie. Il nous a plu ici d’imaginer la hora
jouée à la mode d’Adda Kaleh.
Instrumental
6 PRUNA (la prune)
(Geamparele, Kolo, Makedünia)
Texte : Erik MARCHAND, musique traditionnelle
et Hasan YARIM-DÜNIA pour le thème
« Makedünya », arrangement Jacky
MOLARD
Les rythmes à sept temps sont assez courants
dans les musiques balkaniques mais leur caractère
est cependant différent d’une région
à l’autre. Le premier, une geamparele
de Dobroja, appartient au répertoire de la
chanteuse roumaine Irina Loghin ; le suivant est
une adaptation faite par Viorel d’un thème
du sud de la Serbie, le troisième est une
composition d’Hasan Yarimdünya avec une
référence certaine à la Macédoine
: Makedonia – Makedünya, de dünya,
le monde en langue turque : Yarim Dûnya, la
moitié du monde.
La chanson : On s’est plu depuis longtemps
à comparer les pays méditerranéens
et balkaniques à l’olive puis à
l’aubergine. Aujourd’hui, je préfère
mettre la prune en avant : de la Hongrie à
la Bulgarie, c’est d’elle dont on tire
les meilleurs alcools. En Turquie cependant, c’est
à l’alcool de vin anisé, le
raki, que va la préférence des buveurs.
Oui, mais en turc on appelle la prune erik !
7 TALVOUDEGEZ AR FEIZ (La Valeur de La Foi)
Texte : Christian DURO, musique : Carlos PARADES
(Asas sobre o mundo – Nas asas da saudade),
arrangement Erik MARCHAND
Ces deux thèmes sont des compositions de
Carlos PARADES, un célèbre guitariste
portugais (Asas sobre o mundo – Nas asas da
saudade). Nous les jouons d’une manière
certes bien différente de celle du fado :
les mouvements sont d’abord ceux d’une
doina roumaine glissant vers le trois temps d’origine,
puis vers un « 5/8 » plus balkanique.
La riturnera (sorte de refrain instrumental) et
les improvisations de Jacky et Viorel sont construites
sur un rythme proche de celui des csárdás
hongroises ; la conclusion retrouve le style de
la doina ou de la gwerz.
La chanson :
Ainsi, dit le vieux greffier au cabot, pour flatter
mon maître qui enrobent sar cupidité
de vœux céleste, je te hais. Désormais
nos enfants vivront à jamais comme chien
et chat. C’est là le prix de la foi.
8 et 9 GEVIER (Mensonges)
(8 doina et taksim, 9 Ton Grek et breaza)
Doina traditionnelle du Bănăt, improvisation
modale thèmes de danses traditionnelles
de Grèce et de Roumanie.
Les musiques de Roumanie, de Serbie et, plus nettement
encore de Bulgarie, Macédoine, Grèce
ou Albanie sont à la jonction des mondes
occidental et oriental. La doina en Bănăt
ne se conçoit que difficilement sans un soutien
harmonique bien présent, même si c’est
le soliste qui décide de la place des changements
d’accords. Pourtant, lorsqu’elle est
jouée « nue », son caractère
modal ressort et rend cohérent son mariage
avec un taksim (improvisation modale orientale)
qui n’a que des rapports éloignés
avec l’harmonie occidentale. Là encore,
c’est en grande partie la personnalité
des deux interprètes qui permet la fluidité
d’un tel enchaînement.
Nous aimons définitivement écouter
les radios de nos voisins : c’est en captant
un poste grec que nous avons appris le premier thème
de cette suite que nous concluons par une breaza
de Dobroja, la plus orientale des régions
de Roumanie ; une improvisation de clarinette turque
dans un tel morceau serait-elle un mensonge musical?
La chanson :
« L’autre jour, en traversant un village,
j’ai vu de belles choses : des moucherons
qui battaient et des mouches qui vannaient, des
porcs qui dansaient magnifiquement dans une écuelle,
…, croyez moi, ce que je dis n’est pas
mensonge ! ». (texte traditionnel) |
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Sélection
CD : La tribu bariolée du Breton Erik MARCHAND
Le Monde mardi 20/04/04
MUSIQUES DU MONDE
Les uns se nouent l'esprit avec des questions sur
l'authenticité, les violences faites aux
traditions par le monde moderne et sa frénésie
de communication, de brassages tous azimuts. Les
autres avancent, n'ont pas peur d'amener leur musique,
leurs chants chez les voisins, de leur ouvrir d'autres
chemins. « il y a plus de points communs dans
les musiques populaires que de points d'opposition
», déclare Erik MARCHAND.
Le clarinettiste et chanteur breton a depuis longtemps
choisi son camp. Dans son nouvel album, Pruna, il
marie la Bretagne aux Balkans. il offre des territoires
nouveaux au chant breton, lui trouve des pistes
inédites, agit comme un révélateur
d'affinités. Une autre manière de
militer pour la celtitude ? J'appartiens certes
à l'ethnie celtique, remarque Erik MARCHAND,
mais je ne suis militant d'aucune identité,
quelle qu'elle soit. Je suis simplement convaincu
que le fait d'avoir une culture prégnante,
qui te crée des envies, est évidemment
un passage, un média vers celle des autres.
» Et de poursuivre: « Si je devais avoir
un quelconque militantisme, il ne serait pas celtique,
ce serait un militantisme pour les cultures populaires,
qui ont une force à partager entre elles
et avec le public, qu'il soit de leur village ou
qu'il soit des centaines de milliers de villages
ailleurs. »
Arpenteur des chemins ouverts de la tradition,
Erik MARCHAND inventait déjà en 1989
un singulier vocabulaire, en créant, avec
Thierry ROBIN et Hameed Khan, un trio rapprochant
chant breton, luth arabe et tabla indien. Singulier
mais d'une parfaite évidence. Ses projets
de tissages musicaux suivants (avec le Taraf roumain
de Caransebes, puis une rencontre polyphonique entre
des voix d'Albanie et de Sardaigne, une griotte
du Mali et une chanteuse de Galice Kan, BMG) donneront
cette même impression de par faite correspondance,
de développements naturels que l'on retrouve
encore aujourd'hui dans Pruna.
Autour du chanteur, au timbre toujours parfait,
se réunit cette fois ci une très,
grande famille, fédérant Bretons (Jacky
MOLARD aux violon, contrebasse, guitare; Gabriel
KERDONCUFF aux trompette, bombarde et bugle), Roumains
(le Taraf de Caransebes), Moldave (Alexei «
Alex » Ciobanu au cymbalum), Serbe (Viorel
TAJKUNA à l'accordéon), Turcs (Hasan
YARIM-DÜNIA à la clarinette et Taner
Girnataci aux percussions), plus deux invités,
la contrebassiste Hélène Labarrière
et un joueur de basse à vent roumaine, Nani
Novak. Une tribu virtuose, capable de jouer à
des vitesses époustouflantes, de lever des
vents de fête puissants, tout en dressant
des ponts, inventant des points de rencontre, des
mariages entre la gwerz, le chant profond breton,
une gavotte de Poullaouen (Finistère) et
un taksim (improvisation modale orientale) ou une
danse roumaine.
Un mélange à l'identité bariolée,
rapprochant le chant breton des manele, la variété
balkanique en vogue dans les boîtes à
Bucarest, de la musique serbe (très orientale
dans son esthétique) revue et corrigée
par les musiciens et chanteurs tsiganes du Bănăt
(ouest de la Roumanie, proche de la Serbie), venus
faire carrière dans la capitale roumaine.
Erik MARCHAND chante des textes écrits, pour
la plupart, à sa demande, par Christian DURO,
fils de chanteurs et sonneurs bretons. Il s'est
réservé celui de la chanson titre,
Pruna (la prune), une évocation du fruit
dont on tire les meilleurs alcools qui participent
à l'échauffement des corps et des
esprits au cours des fêtes dans les Balkans.
Patrick Labesse
3 raisons d'écouter
Erik MARCHAND
L'expressmag lundi 19/04/04
1- Virtuose du kan ha diskan (chant à répondre),
il compte parmi les plus belles voix de Bretagne.
2- Voilà vingt ans que cet amoureux du grand
large humecte sa gwerz d'embruns venus de l'Est,
mariant bombarde et darbouka, clarinette et cymbalum.
Depuis 1993, il offre à ses improvisations
modales l'écrin cuivré et convivial
du Taraf roumain de Caransebes.
3- Il retrouve ses fidèles compères
Jacky MOLARD et Gabriel KERDONCUFF sur Pruna, enregistré
avec les Balkaniks,association de musiciens moldaves,
serbes et turcs.
A. Bd
Pruna (Le Chant
du monde/Harmonia Mundi). Voix vigoureuse de Bretagne
attirée par les vents du large, Erik MARCHAND
associe son kan ha diskan, le chant à répons
breton, aux rythmes du Rajasthan, de l'ex Yougoslavie
ou de la Roumanie. Sur ce nouveau disque, il a réuni
ses complices de Bretagne Jacky MOLARD (violon),
Gabriel KERDONCUFF (bombarde, bugle) , les Roumains
du Taraf de Caransebes et des musiciens de Moldavie,
Serbie ou Turquie. Cette association, baptisée
les Balkaniks, produit une musique foisonnante et
d'une convivialité rare quand un musicien
s'empare d'un rythme d'une autre culture pour en
improviser une version inédite. Cette ronde
vertigineuse d'accordéon, saxophone, clarinette,
contrebasse, et autres instruments d'Europe orientale,
taragot (instrument à anche), cymbalum, derbuka,
est tempéré par la plainte d'Erik
MARCHAND interprétant ce tragique blues qu'est
la gwerz bretonne. Le chanteur de Centre Bretagne
n'est pas un touriste musical, cette posture trop
fréquente dans d'innombrables fussions musicales.
BOUZIANE DAOUDI
Le Monde de
la Musique avril 2004
Etonnant trajet que celui du chanteur Erik MARCHAND.
Après avoir collecté au plus près
du terrain centre breton, on le vit s'égarer
vers l'Est. De l'un de ses nombreux voyages en Roumanie,
il revint entouré du taraf (orchestre populaire
roumain) qu'il avait constitué dans la petite
ville de Caransebes, dans la plaine du Bănăt,
au pied des Carpathes. Y ajoutant un cymbaliste
moldave (Alex Ciobanu), assisté du trompettiste
et sonneur de bombarde Gaby KERDONCUFF et du violoniste
Jacky MOLARD, il s'attirait les faveurs des plus
farouches résistants à la mode du
métissage obligé. Depuis, il a rayonné
à partir du Bănăt, vers l'ouest
Serbe et vers l'Orient turc.
C'est désormais un véritable orchestre
transbalkanique qui l'entoure. Le staccato vif argent
et la découpe harmonique précise de
Caransebes (le taragot de Costica OLAN, la trompette
de Costel Pau, le sax de Dany IOVA, l'accordéon
de Florica Sandu, la contrebasse de Nicu Dobre)
se combinent désormais à la virtuosité
savamment affolée de l'accordéoniste
serbe Viorel TAJKUNA, à l'affOLANte modalité
mélismatique du clarinettiste Hasan YARIM-DÜNIA
(Thrace).
Comment ce répertoire, pour partie cosigné
par le clarinettiste Christian DURO de Glomel (Centre
Bretagne) et chanté en bas breton, parvient
il à s'articuler avec l'improbable sans sombrer
dans le grotesque ? C'est là le secret d'Erik
MARCHAND, qui parvient une fois de plus à
nous surprendre et à repousser les limites
qu'on lui croyait avoir déjà atteintes.
FRANCK BERGEROT
Erik MARCHAND
offre un récital épicé
Le concert sera diffusé très prochainement
sur France 3
Le chanteur et clarinettiste Erik MARCHAND présentait
sa dernière création « Les Balkaniks»,
dimanche après midi à l'espace Glenmor.
Entouré d'une dizaine de musiciens, le chanteur
a pré~enté un répertoire vivant
et epicé. De quoi ravir le publie venu très
nombreux...
C'est devant une salle comble (soit près
de 600 personnes) qu'Erik MARCHAND a présenté,
dimanche, «Les Balkaniks», sur la scène
de l'Espace Glenmor. Date exclusive qui a permis
au collectif, crée pour l'occasion, de se
produire sur scène à quelques semaines
âe la sonie de leur album «Pruna»
(prévue début mars). Cuivres, bois,
percussions, accordéon et violon, le chant
d'Erik MARCHAND a trouvé pour dans cette
création de très jolis alliés.
Les musiciens, venus d'Europe de l'es, de Bretagne
ou d'ailleurs, ont présenté un répertoire
mêlant les traditions musicales d'une Europe
joyeuse, vivante et émouvante. "Même
si les parentés semblent lointaines, géographiquement,
les musiques semblent dire le contraire", a
expliqué le chanteur. Et cet ensemble cohérent
et harmonieux a, en effet, prouvé que ces
musiques traditionnelles semblaient faites pour
se rencontrer. Les performances des musiciens, comme
celle du remarquable accordéoniste Viorel
TâJikuna, alliant l'improvisation et la maîtrise
des traditionnels, ont conduit les spectateurs vers
un voyage rythmé et joyeux. En guide averti,
Erik MARCHAND a agrémenté le concert
d'éclairages sur ces cultures de l'est qu'il
connaît si bien. Nés de rencontres
de longue date ou de coups ce foudre musicaux, le
collectif Erik MARCHAND et les Balkaniques a réussi
a présenté d'une seule voix une Europe
aux mille accents, celle qui fait rêver. Le
concert, filmé pour la télévision,
devrait être diffusé très prochainement
sur le réseau régional de France 3
en langue bretonne, puis sur le réseau national,
en seconde partie de soirée. Une seconde
chance pour tous de revivre ce spectacle.
Erik MARCHAND
- Pruna, creuset balkanique
Bretagne magazine Aout, septembre, octobre 2004
Une paire de bacchantes comme on n'en fait plus,
une posture un peu raide mais fière, et une
voix, tout à la fois nasale et viscérale,
d'une puissance et d'une stature rares.
Des places de village à l'auditorium de
la très exigeante Cité de la musique
à Paris, du Maghreb aux confins slaves de
la vieille Europe, le chanteur clarinettiste Erik
MARCHAND a imposé son style, son timbre,
une curiosité et un culot à toute
épreuve.
Cet homme est un aventurier, qui s'acoquine volontiers
avec les plus fougueux et inventifs jazzmen européens,
on pense à Jacques Pellen ou Paolo Fresu.
On connaît également la saveur des
fruits produits par sa rencontre avec un percussionniste
indien ou le passionnant joueur d'oud Thierry ROBIN.
Tout récemment encore, sur la scène
du Quartz de Brest, il fut l'un des protagonistes
d'un miracle, lors d'une improbable et merveilleuse
rencontre avec le rocker et bluesman Rodolphe Burger.
Avec Pruna, album qui apparaît au prestigieux
catalogue du Chant du Monde, il écrit un
nouvel épisode de l'une de ses plus belles
aventures, celle qui le lie depuis plusieurs années
à la musique des Balkans.
En collaboration avec le taraf de Caransebes, il
a mitonné une poignée d'albums d'une
succulente macédoine, au détour de
laquelle une gavotte de Poullaouen peut, par exemple,
rencontrer une cousine serbe ou un rythme hongrois.
Dans ce creuset acoustique, vibrant, syncopé
et fort en cuivres, se mélangent parfums
roumains et moldaves, fragrances thraces et esprit
du pays fanch en Centre Bretagne.
Le résultat est un bonheur très entraînant
qui nous rapproche par exemple des folles musiques
imaginées par Goran Bregovic pour Emir Kusturica,
la dimension celtique en prime.
À noter, au sein de ce furieux big band
baptisé Les Balkaniks, la présence
de la contrebassiste Hélène Labarrière
et du violoniste Jacky MOLARD.
World, mars
avril mai 2004
Depuis une décennie, Erik MARCHAND collabore
avec le Taraf de Caransebe (Roumanie), après
avoir pérégriné autant d'années
en Yougoslavie. Erik MARCHAND n'est pas un touriste
musical. Il continue ici d'approfondir ses investigations,
dans le sillage de ses deux disques précédents.
A ses amis de Bretagne (Jacky MOLARD, Gabriel KERDONCUFF)
et de Roumanie, il a joint des musiciens de Serbie,
Moldavie et Turquie, pour former les Balkaniques.
Outre l'abondant réservoir de traditions
que constituent ces régions, l'enrichissement
provient de la posture même des artistes mis
en présence : leur rapport à l'improvisation
et à l'écriture, leur aptitude à
s'emparer des caractéristiques culturelles
de « l'autre ». Etonnante, cette gwerz
(complainte) bretonne qui épouse un taksim
(improvisation modale orientale), tandis qu'un accordéon
égrène un kolo serbe. La voie d'Erik
MARCHAND se déploie pleinement, changeant
de mode ou de tonalité sans faiblir. Ses
complices, roms pour la plupart, combinent saxophone,
taragot (instrument à anche d'Europe centrale),
accordéon, trompette, clarinette, derbuka,
contrebasse ou cymbalum, tandis que Jacky MOLARD
tient le violon, Gabriel KERDONCUFF alternant entre
bombarde et bugle. Coup de chapeau au clarinettiste
originaire de Thrace, Hasan YARIM-DÜNIA (vu
dans Latcho Drom, le film de Tony GATLIF). Dans
Pruna, trois mondes s'étreignent, l'Occident,
l'Europe de l'Est et l"Orient.
Fara C.
Etudes Tsiganes.com
Avril 2004
Suite des aventures musicales du chanteur clarinettiste
breton Erik MARCHAND avec les Roumains du taraf
de Carancebes emmenés par Costica OLAN. Toujours
assisté de ses complices bretons, Jacky KERDONCUFF,
trompette, bombarde et bugle et Jacky MOLARD, violon,
contrebasse, guitare et arrangements, Erik MARCHAND
approfondit ses recherches dans le prolongement
des deux disques précédents qui avaient
déjà brillamment démontré
que le mariage audacieux entre musiques traditionnelles
bretonnes et roumaines n'était pas contre
nature. L'alchimie fonctionne même à
merveille entre les complaintes bretonnes et le
tempo frénétique des balkans ; danse
plin et kolo serbe ont des affinités, gwerz
et gavotte se mélangent d'une manière
presque évidente aux horas, sirbas et doïnas,
les cuivres, accordéons et cymbalum des excellents
musiciens du Taraf se mêlant avec dynamisme
et vitalité aux violon et bombarde des bretons.
Une musique vivante qui est le fruit de la rencontre,
du respect mutuel et de l'amitié entre des
artistes populaires. Grâce à cela,
elle paraît traditionnelle née dans
un pays à venir; un pays qui prendrait en
compte l'intelligence des cultures populaires à
créer tout en conservant le son et la force
des origines " . Une belle réussite.
Francis Couvreux
Balkan brass
meets the Breton bombarde
Songlines july-august 2004
This must be one of the most ambitious collaborations
in the field of cross-border cooperation yet: a
trio from Brittany combining with musicians from
Romania, Serbia, Turkey and Moldova to play original
and traditional tunes cheek by jowl, with lyrics
in Breton, and quirky little arrangements. There's
even an inventive reworking of a fado song in the
mix.
The Easterners, on brass, cimbalom, accordion and
various woodwind instruments, seem to make most
of the running in fact it's pretty difficult to
pick out the French and/or Breton contribution,
though the Breton bombarde pops up occasionally
and there are a couple of pleasant solos from Jacky
MOLARD on violin. Erik MARCHAND himself sings away
with a throaty vibrato, sounding for all the world
like Mireille Mathieu after a night on the beer
and fags. Though there's good playing from all,
it's one of the accordionists who stands out, with
some astonishing playing on 'Reuzioù ar Brezel'.
Unfortunately, the rather rambling sleeve notes
fail to make it clear who it is.
It's a rather dark textured record, occasionally
bordering on mournful, which is by no means a disadvantage.
Although a lot of the traditional material is pretty
standard fare, it's the sort of stuff that becomes
standard because it's good, and the tinge of Celtic
and misty Atlantic melancholy is oddly refreshing,
even bracing. It's eccentric, certainly, and again
none the worse for that, throwing a rather oblique
but attractive sidelight on an area of music that
still isn't known quite as well as it deserves.
Kim BURTON
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